L’engorgement du détroit d’Ormuz a brisé net la chaîne d’approvisionnement mondiale du soufre. Le bref répit de fin mai et de juin, lorsque 900 000 tonnes de soufre chargées dans les ports du Moyen-Orient étaient arrivées sur le marché, s’est entièrement dissipé avec l’enlisement des pourparlers de cessez-le-feu dans la région et la reprise des opérations militaires.
Les navires ne peuvent actuellement pas accéder aux postes de chargement. Cette paralysie a propulsé les négociations des contrats du troisième trimestre et les attentes du marché spot à des niveaux que les acheteurs n’avaient même pas commencé à envisager.
Flambée des prix et marché bloqué : les prix FOB Moyen-Orient (hors Iran) paraissent stables sur le papier, à 945 $/t en moyenne (dans une fourchette de 890-1 000 $/t), mais cette stabilité est trompeuse. Quand on sait qu’ils sont partis de 752 $ en avril et de 868 $ en mai, on mesure à quel point le marché marche sur une corde raide. Le granulé CFR Chine s’est installé dans une fourchette de 1 000-1 100 $/t, mais les négociants commencent à retirer leurs offres, faute de pouvoir chiffrer l’assurance du risque géopolitique. Le marché intérieur chinois a quant à lui intégré les retards de livraison, bondissant de 250 RMB/t en une seule semaine pour atteindre 8 900 RMB/t.
C’est sur les contrats européens que le coup a été le plus rude. Les contrats de soufre liquide du troisième trimestre ont été réglés en hausse de 325 $/t, du jamais vu. Les livraisons au Benelux ont été arrêtées à 840-856 $/t CFR, et l’Europe du Nord-Ouest à 882-899 $/t CPT. Si les raffineries ne peuvent pas répercuter ces coûts sur les prix de l’acide sulfurique et des engrais, les baisses de production deviendront inévitables.
Fractures régionales et crise des stocks : les stocks de soufre des ports chinois ont littéralement fondu. Les stocks portuaires totaux, qui s’élevaient à 2,72 millions de tonnes en 2024 et à 2,32 millions de tonnes en 2025, sont tombés à 737 000 tonnes au 3 juillet 2026. Les consommateurs travaillent avec des stocks quasi nuls. Des géants comme Sinopec ont entièrement sacrifié leurs exportations pour préserver les producteurs nationaux d’engrais phosphatés, et une grande raffinerie du nord de la Chine n’a pas ouvert un seul appel d’offres de vente depuis huit semaines consécutives.
En Afrique subsaharienne, la situation a tourné au choc d’offre pur et simple. Les importations de soufre des cinq premiers mois de l’année se sont effondrées de 68 %, à 56 300 tonnes, les cargaisons du Moyen-Orient s’étant brusquement arrêtées. Les compagnies minières de la Copperbelt ont dû s’approvisionner à Vancouver et dans le golfe du Mexique américain, moyennant des primes exorbitantes, simplement pour maintenir leurs opérations. Cette ruée a porté le fret routier entre le port de Richards Bay et la RDC jusqu’à 600 $/t, contraignant les chimistes locaux à réduire leurs capacités.
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